L’enthousiasme du stagiaire

Lors d’un stage intermédiaire, nous prenons une mer moyenne alors qu’un vigoureux creux est annoncé pour la fin de journée. Nous n’avons toutefois que 4 ou 5 heures de route à faire. Cependant, je suis intrigué par cette mention de « vigoureux creux », car c’est la première fois que je l’entends la radio. Le « vigoureux » s’adonne à être un coup de « boeu » au large de Tadoussac qui arrive plus tôt que prévu. Il est courant dans cette région d’observer des conditions qui surviennent plus tôt ou plus tard qu’annoncées. Le phénomène sera décrit au chapitre sur la météo à paraître. Les vagues sont très à pic, les crêtes s’élèvent à trois mètres. C’est le grand barda à bord tandis que le bateau plonge dans les creux et se redresse dans les crêtes. Un jeune équipier très talentueux, devenu skipper à l’international, est envoyé à l’avant pour prendre un ris au foc. Quand le bateau se redresse, l’effet de la pesanteur augmente et le plaque sur le pont. Quand le bateau plonge, le garçon se retrouve en apesanteur et s’élève de quelques dizaines de centimètres, retenu uniquement par les deux lignes de vie entortillées autour de ses jambes. Le travail est difficile et un volontaire se propose. Les consignes de sécurité sont répétées et notre homme s’en va à l’avant fièrement, comme il se doit, à quatre pattes. La prise de ris terminée, il lance un grand cri de satisfaction en se projetant de dos dans les filières, les deux bras en l’air. Les filières doivent être considérées comme une simple barrière psychologique délimitant le bateau. L’homme est immédiatement rappelé dans le cockpit où il se fait rappeler que les filières n’ont pas un rôle de garde-fou. J’ai recroisé plusieurs fois ce monsieur qui est maintenant propriétaire de son voilier. À chaque fois, je l’invite à relater l’histoire à mes stagiaires.

Par Robert Routhier

 

A trainee’s overflowing joy

In the midst of an intermediate training course, we go offshore in a moderate sea while the weather forecast indicates “vigorous troughs”, I am puzzled because it is the first time I hear the expression on the radio. We still proceed because the outing was supposed to last 4 to 5 hours.  The “vigorous” refers to the “boeu” effect offshore of Tadoussac meaning it will happen earlier than usual. This occurs frequently in this area where weather conditions can happen before or after being forecasted. This specific phenomenon will be addressed in the weather section of my next book. The waves become very choppy, the crests can rise up to 3 meters. Onboard, it is a hullabaloo as the boat dives in the troughs and then rises on the crests. A very talented young trainee, who has become an international skipper, is sent at the pulpit to take one reef in the jib. What a sight it is to see him when the boat rises, with the gravity effect, he is pinned to the deck. But, when the boat dives, with the weightlessness effect, his body rises at about 30 centimeters above deck being held only by two life lines tangled around his legs. The task is arduous, so another volunteer joins him. Once briefed with the security rules, he proudly goes to the front as it should be in these situations, in a crawling position. After succeeding with the first reef of the jib, he shouts loudly with satisfaction and throws himself on the back in the guardrails with his two arms up. He had forgotten that guardrails should be considered only as a psychological barrier establishing the limits of the boat. He is immediately called back in the cockpit and scolded on the fact that boat guardrails do not play the role of their road equivalent.  I often come across this once exuberant crew member, who now has his own sailboat. Each time, when possible, I invite him to narrate this event to my trainees.

Translation by Dominique Lebot

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