Malheur aux incrédules

Il pleut des cordes, mais un beau sud-ouest nous pousse vers Rimouski. En arrondissant la Pointe à Santerre, (48° 24’ 00’’N 068° 41’ 00’’O) je raconte la légende de la « sorcière à Batoche » avec fioritures et détails, mais surtout avec respect. Même si l’on n’y croit pas, il demeure toujours un petit reste de superstition quand on passe beaucoup de temps en mer. Tous les équipiers, par peur ou fanfaronnade, se moquent de mon histoire. – On ne doit pas se moquer des fantômes, dis-je. À peine quelques minutes plus tard, un équipier m’annonce qu’il n’y a plus de barre. – Ben voyons, ils me remettent ma légende sur le nez pour se moquer de moi, pensai-je. Mais non, c’est bien réel, la roue tourne dans le vide. Les équipiers ont la mine déconfite. Nous installons la barre franche et naviguons ainsi, en quasi silence, jusqu’à Rimouski. Le piédestal est démonté : c’est un filin d’acier gros comme le petit doigt qui est sectionné. Pour le réparer, il faut une grosse pince à sertir hydraulique que j’imagine très difficile à trouver en ce dimanche pluvieux de fin de saison. L’équipage morose ne me souhaite même pas bonne chance tant il est affecté par l’incident de la sorcière. Moins de trois minutes plus tard, je reviens au bateau avec un gars et sa pince à sertir. C’était un électricien qui réparait une connexion sur les pontons. L’équipage me regarde, médusé. – J’ai vu le repentir sur votre visage en partant, il y a trois minutes, leur dis-je. La sorcière à Batoche a eu pitié de nous et nous a pardonné, car maintenant vous croyez en elle.

Par Robert Routhier

 

Unbelievers beware of misfortune

A nice south-westerly wind pushes us towards Rimouski even though we are in a downpour. When rounding the Point of Santerre (48°23’45”N 068°40’40”O), I take the opportunity to relate very exhaustively the legend of the “witch of Batoche” but showing a lot of respect. Even for non-believers, there still lingers a trace of superstitions beliefs when being often at sea. However for now, all the crew members make fun of me to maybe not show their fear or just to sound boastful.

“We should not laugh at ghosts” do I tell them.

A few minutes later, a crew member comes up to say that the rudder does not respond when steered.

I tell to myself, that they are challenging me with my legend and try to mock me.

Not at all! It is true, the steering wheel does not respond. The crew members are all baffled. Together we set up a makeshift tiller and sail like this up to Rimouski in an almost religious silence. The steering wheel pedestal is dismounted to find out that a steel wire the size of a little finger is sectioned. To be able to fix it, I need to find large hydraulic crimping pliers, which may be challenging to encounter in this rainy end-of-the season Sunday. The crew is so moody with all this superstitious story and event, that nobody wishes me good luck as I leave to find the tool. However, less than three minutes later, I come back to the boat with the good pliers and their owner. He was an electrician working to repair a connexion on a nearby pontoon.  The crew looks at me bewildered.

To add to the mystery, I say: “before leaving, I saw how repentant you were and this is probably why the witch of Batoche took pity on us and forgave us seeing that now you believe in her.

Translation by Dominique Lebot

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